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Les journées de printemps d’Isadora et de Saint Martin sont l’occasion de travailler sur un thème dont l’actualité permet une réflexion sur notre pratique clinique en interrogeant l’environnement social et politique qui l’entoure. Pourquoi, donc, la sexualité, la folie et l’institution ? Quelle nouvelle actualité lie aujourd’hui ces trois termes ?
La question de la sexualité se pose de façon radicalement différente dans notre société. Ceci peut, aisément, se repérer autour de la remise en question de trois découpages fondateurs de notre culture : le masculin-féminin, le père-mère et l’intergénérationnel.
La reproduction sexuée, base de ces différences des sexes et des générations, est en train de devenir relative et non nécessaire grâce aux progrès de la génétique. Le père, comme nous le montre Jean Pierre Lebrun [1], perd sa place structurale d’inconnu en devenant l’objet d’une certitude possible grâce à la lecture de l’ADN.
D’un autre côté, Dany Robert Dufour souligne, dans son dernier ouvrage [2], comment la notion de « genre » masculin-féminin tend à « écraser » celle de sexe.
En même temps, un nouveau discours apparaît sur la « folie » mêlant, à la fois, détermination biologique, ré-éducation sociale et dangerosité.
Dans cette nouvelle « imagerie », la sexualité y occupe une place importante : elle confond aussi bien le meurtrier matricide sous empire du délire que le pédophile ou le violeur qui tuent leurs victimes. Dans une même logique, un même arrière-fond de « destin » génétique unit homosexualité, pédophilie et tendance suicidaire dans une semblable fatalité.
Le pouvoir politique ne semble y proposer réponse que dans la prévention et l’enfermement, les deux ayant en commun une notion d’irréductibilité du mal.
Que devient, alors, la pertinence des modèles oedipiens, fondateurs de l’approche psychanalytique, dans notre société où l’absolu du triangle familial classique, avec les traditionnelles différences « homme-femme » et fonction du père et de la mère, est de plus en plus aléatoire.
Sur quoi fonder les règles d’interdiction de relations sexuelles dans les institutions ?
Le soignant en psychiatrie échappe de plus en plus difficilement à ces nouvelles pressions sociales qui entourent sa pratique et aux nouveaux regards qui se portent sur son patient et sur son soin.
Face à ces changements, les institutions sont elles-mêmes fragilisées.
Le pouvoir politique, sachant utiliser les effets ou les devenirs délétères de nombre d’entre elles pour en justifier la disparition, renforce ainsi le discours néo-libéral qui ne voit en elles que des obstacles au dynamisme et à la productivité de la libre entreprise.
Dans le même mouvement, cependant, le « Divin marché » [3] se proclame nouvelle institution souveraine et transcendante. C’est lui qui fonde les nouveaux découpages de la sexualité et de la normalité dans un temps où il n’y a ni d’avant ni d’après, la seule justification étant ce qui est produit dans l’instant.
Pourtant l’institution ne constitue-t-elle pas, en même temps, le meilleur antidote face aux pressions de cette nouvelle force, broyant les individualités au profit de sa seule pérennité ? A condition, bien sûr, qu’elle sache se donner des outils pour résister à son propre écrasement.
L’institution, quand elle sait garder sa vitalité instituante, permet de préserver la singularité et la créativité des pratiques et des groupes. Grâce à elle, ils se situent dans une continuité et un temps organiques non réduits à l’agrégat ou à la répétition.
Rejoignant l’analyse de Freud sur la fonction de la culture, l’institution représente, alors, ce qui va injecter cette dose de régulation nécessaire là où l’on nous prétend qu’il faut « laisser faire » toutes nos économies, qu’elles soient psychiques ou sociales.
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