Psychiatrie désaliéniste
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LE NAUFRAGE DE LA PSYCHIATRIE
Le début de ce millénaire est marqué par une crise majeure de notre système de santé.
vendredi 1er septembre 2006
par yves gigou

LE NAUFRAGE DE LA PSYCHIATRIE DE SOPHIE DUFAU

En trente ans, le nombre de dépressions déclarées a été multiplié par six. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les troubles psychiatriques seront en 2020 la première pathologie, devant les maladies cardio-vasculaires. Le Conseil économique et social chiffre à 20 % le nombre de Français souffrant de troubles psychiques et du comportement. Pourtant, si nous sommes toujours plus nombreux à nous tourner vers ’le psy’, la psychiatrie va mal.

Très mal. Certains malades ne sont plus soignés, les médecins sont mal formés, les services hospitaliers et les institutions ferment, un délai de huit à dix mois est nécessaire pour obtenir une consultation... L’état des lieux que dresse Sophie Dufau, journaliste, est alarmant : faiblesses de l’hôpital, surcharge des cabinets, pédopsychiatrie menacée, manque de structures d’accueil et d’hébergement, formation insuffisante des soignants, sans oublier la situation calamiteuse des sans-domicile ou des prisonniers, dont un grand nombre sont en réalité des malades psychotiques qui ne sont pas suivis...

L’extrait de : « Le naufrage de la psychiatrie »

’Une vie sans souffrance psychique ne serait pas une vie.’ Ce pourrait être de La Palice, c’est pourtant un psychiatre qui met en garde. Ça ne serait pas une vie... Certes, mais chacun a peut-être rêvé d’une existence où la souffrance psychique serait plus douce, plus romantique. C’est cette femme qui consulte parce qu’elle pleure sans cesse depuis le décès de son mari survenu quinze jours plus tôt. Cet homme qui vit dans l’angoisse d’un prochain plan social, qui a trois gosses à la maison et l’aîné qui sèche les cours. Cet agriculteur, à qui l’on avait pourtant dit que c’étaient ses vaches qui étaient folles, qui voit, tout près de l’abattoir, des psychologues fin prêts à recueillir ses larmes et sa colère. Cette femme, juste promue dans son entreprise, et qui, depuis, est saisie de panique à l’idée de parler en public. Cet homme errant depuis trois semaines, fuyant ’polices et terroristes’, qui, à la demande de sa soeur, a rendez-vous avec le médecin de famille. ’Une vie sans souffrance psychique ne serait pas une vie... ’ Mais aujourd’hui, après avoir mis au jour nos souffrances, les avoir disséquées dans les livres, les journaux et sur les plateaux télé, les psys sont priés de ne plus nous laisser seuls face à elles.

Chapitre : Une demande exponentielle - éditeur Albin Michel - 2006

Extrait de la préface :

Le début de ce millénaire est marqué par une crise majeure de notre système de santé. La spirale économique libérale dans lequel il a été entraîné lui a fait perdre de vue la nécessité de participer à l’humanisation. Pour illustrer les difficultés de travail et le manque de moyens de ce système, l’incompréhension des politiques, la psychiatrie est un excellent exemple. Mais la chirurgie, l’obstétrique, la médecine en général pourraient également faire l’objet d’enquêtes comme celle qu’a menée ici Sophie Dufau. Que l’auteur soit journaliste fait la force de son ouvrage car la question de la santé appartient à tous, chacun peut apporter sa contribution à ce débat qui est nécessaire et ne doit pas être réservé au monde médical. C’est le sens de la loi sur le droit des malades de mars 2002 légiférant sur les relations entre les médecins et les malades, la psychiatrie faisait partie de cette loi avec tous les ajustements nécessaires à son exercice. Mais la psychiatrie étant un sujet souvent tabou, le débat fut rude !

Il existe aujourd’hui une tendance à tout psychiatriser, qu’il s’agisse de problèmes sociaux considérés comme une déviation par rapport à une norme idéale, ou de moments de la vie. C’est ainsi que le développement consumériste de la santé conduit à aller consulter un- psychiatre au moindre accroc, ou que certains vont aux urgences réclamer un traitement psychotrope parce qu’ils viennent d’apprendre le décès d’un proche ! Les médecins ne sont pas les derniers à encourager cette démarche quand on les voit prescrire des antidépresseurs ou des anxiolytiques à tout patient un peu déprimé au terme d’un entretien rapide et sans suivi. Ce qui amène dans les services d’urgences des malades chez qui un anxiolytique mal prescrit a eu pour effet une tentative de suicide. S’ils avaient été correctement pris en charge, ces malades n’auraient jamais dû avoir recours aux urgences. On comprend au passage que le lien entre les médecins, notamment les urgentistes, et les psychiatres est fondamental. Leur partenariat au service des malades est un gage de la qualité des soins.

Pour sortir de l’impasse, il est urgent de prendre des mesures.

Sophie Dufau, journaliste, ancienne de Libération, et ancienne rédactrice en chef des Inrockuptibles, enseigne au Centre de formation des journalistes.

Le préfacier, le Dr Patrice Pelloux, est médecin urgentiste, connu notamment pour son engagement pendant la canicule. Il est aussi chroniqueur à Charlie Hebdo