Psychiatrie désaliéniste
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Dans la nuit de Bicêtre
Marie Didier tire de l’oubli Jean-Baptiste Pussin
lundi 10 avril 2006
par yves gigou
Marie Didier est médecin à Toulouse. Elle consacre une partie de son temps à soigner les défavorisés de ce qu’on appelle le « quart-monde ». Dans la nuit de Bicêtre est son quatrième ouvrage aux Éditions Gallimard.

« Taciturne, secret, toujours obscur (l’histoire officielle ne s’étant pas privée de t’effacer simplement des étagères glorieuses allant jusqu’à écorcher souvent l’orthographe de ton nom), j’ai guetté la trace en apparence la plus insignifiante de ta vie. Le détail le plus fugace devenait pour moi lueur dans les ténèbres de ton existence. Tu as connu la maladie, les humeurs froides comme on disait alors en parlant de la tuberculose qui a mis ta vie en péril ; j’ai séjourné plusieurs années en sanatorium où j’ai failli mourir. Tu es devenu soignant ; je suis devenue médecin. Là s’arrête ce qui nous unit, mais plus tard, en avançant vers toi, je découvrirai autre chose qui me fera ne plus vouloir te quitter : par esprit de survie, par nécessité, par intelligence, par compassion innée, tu as su prendre des chemins difficiles, de ceux que presque personne jusque-là en France n’avait osé fréquenter. »

Marie Didier DANS LA NUIT DE BICÊTRE UN ET L’AUTRE (L’). 192 pages - 15,50 €. Gallimard.

« Jean-Baptiste Pussin ? Vous avez dit Pussin ? Connais pas. » Ainsi chute, dédié « à ceux qui n’ont pas la parole », le dialogue tutoyé de Marie Didier avec un anonyme d’outre-tombe, avec le peu d’empreintes d’un « agir sans trace » de son alter ego en souffrance, en compassion et en résistance à l’oppression de l’homme par l’homme. Fût-il fou. Fût-il soignant. Marie Didier exhume son interlocuteur des hospitalières archives, l’hallucine dans les craquelures du tableau mythique représentant Pinel désenchaînant les insensés. Pussin ? Simple « note en bas de page » qui - littéralement - détourna Marie de l’entame d’une recherche sur Pinel, le célèbre. Note qu’elle déroule en un kaléidoscope d’identifications intrusives ou barrées. Jean-Baptiste ? Fils d’un tanneur franc-comtois, jeté sur les routes par la misère des temps. Un pauvre, « écrouelleux incurable », admis à Bicêtre en 1771. 26 ans. Admis parmi les « odeurs d’urine, de merde, de pus, de vomi, de sang pourri... Te laisser défaire comme ceux qui t’entourent ici... oui, te laisser crever, te laisser noyer jour à jour dans ce cloaque. Le désespoir (va) te rendre fou... C’est l’abandon ou la résistance... l’un enchevêtré à l’autre. Tu décides de continuer à vivre... Une soeur officière a remarqué ta propreté, tes silences, cette vigueur qui repousse... Elle n’a jamais vu semblable douceur. » Et puisque deux garçons infirmiers ont déserté :
-  « Tu les remplaces ! », Pussin. MARIE-ODILE SUPLIGEAU Article extrait de "Vie Sociale et Traitements n°91"