Extrait sur la question de la gouvernance des pages 60 à 62 du livre société d’hommes réflexion sur la mutualité et l’économie du social parue en mai 2005 édition médical
C. Germain & C. Vanackère
La gouvernance, un mot pour réfléchir sur les modes de prises de décisions Voilà seulement une dizaine d’année qu’un vieux mot de la langue française est venu investir le champ du social après celui de l’économique. "Gouvernance". Au début, on pouvait penser que l’attrait de ce mot empruntait à un nouvel effet de mode. Une recherche sur ce terme par Internet montre qu’avec les quelques quatre-vingt mille page recensées par le seul moteur Google, ce terme prend des réalités très différentes d’un secteur à l’autre, qu’il vise des démarches multiples, même si la notion de direction demeure prégnante. Le Petit Robert appelé de nouveau à la rescousse, on se trouve devant une définition simple, qui associe intimement le mot au terme de « gouvernement » dont il était, au XIIIeme siècle un équivalent usuel. Autre mot qui renvoie aux notions de direction, d’administration mais également d’action, de démarche, de comportement. En effet, gouverner consiste en l’action, la manière, de diriger ou de régir quelque chose. Au passage, on notera qu’au Sénégal, le mot gouvernante visait à la fois l’action de gouverner et la structure permettant cette action, les services administratifs de la gouvernante et même les bâtiments qui les abritaient. Un amalgame complet... Oublié de la langue française au profit de son équivalent, il survit quelque temps Outre-Manche. Son usage moderne naît dans les organisations internationales en mal de conceptualisation économique. La Banque Mondiale, le Fonds monétaire international et le Programme des Nations Unies pour le développement l’utilisent et l’imposent peu à peu dans les esprits, dès le début des années quatre-vingt.
La gouvernance, nouveau credo économique
En 1999, Georges Cavalier, ingénieur des Ponts et Chaussées, indiquait aux élèves de l’École nationale d’administration : « la notion de "gouvernance " est une notion à la mode, qui a pris en dix ans une importance considérable. Comme tous ces concepts qui ont fait florès ("développement durable ’ ; "renouvellement urbain ’), celui de gouvernance court le risque de devenir au fil des ans un simple mot-valise, n’ayant plus aucun sens précis ». Sa prolifération semble bien lui donner raison. Savoir exactement ce que le terme recouvre , n’est pas chose aisée dans tout ce foisonnement. Dans un article publié, en 2001, dans le Monde Diplomatique, Bernard Cassin en offre une approche critique, mettant en lumière le rôle insidieux que l’on fait jouer à ce mot. Il pourrait ainsi concerner « un outil idéologique » permettant un « coup d État de velours ». Pour l’auteur, ce mot inspirant confiance, cacherait en fait un mouvement plus profond, portant le souhait des institutions financières internationales de voir le rôle de la puissance publique dans les rouages économiques limité au minimum. Il serait au coeur de la vague de néolibéralisme qu’ont connu l’ensemble des pays industrialisés à la fin du XXème siècle. Paradoxalement, le mot est souvent associé à d’autres termes jugés très positifs comme celui d’équité. Il est très souvent utilisé, ou l’était, chez les promoteurs du développement durable. Bref, le terme gagnait au passage une dimension morale, une respectabilité sociale.